Activons la pompe à phynances !

Paraissait voici deux ans une bonne parodie de circonstance, à propos de la crise financière dans laquelle les grands capitalistes nous regardent patauger, c’était l’œuvre de Jean-Luc Porquet du Canard Enchaîné du mercredi 15 octobre 2008 (p. 5) Image

Activons la pompe à phynances !

Dommage que l’écrivain Alfred Jarry (1873-1907) n’ait pu assister à ce Krach historique. Père Ubu, son immortel héros, en aurait été tout retourné…

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Mère Ubu. – Ventre-dieu, Père Ubu, je vous croyais fort grand voyou, mais je dois défaire le tapin ! Comparé à messieurs les salopins de la finance interationale, vous n’êtes qu’un maladroit petit escroc.
Père Ubu. – Sotte bourrique, je te vais arracher les étonnants plats de frites…
M. – Tais-toi, bouffre, et dis-moi comment ces salopins de Wall Street et d’ailleurs ont réussi à fabriquer une pompe à phynances si puissante qu’elle a aspiré toutes les finances de la terre et qu’aujourd’hui nos poches sont vides autant que ta cervelle.
P. – Merdre alors ! J’avoue que je n’y comprends rien.
M. – Si tu veux t’enrichir et manger fort souvent de l’andouille, dépêche-toi d’éclaircir ce phénomène, Père Ubu !
P. – Corne à finances ! Tout s’effondre et nous allons passer comme les autres dans la trappe à récession.
M. – Il en reste pourtant beaucoup, du bel argent tintant…
P. – De par la chandelle verte, où donc ?
M. – D’un côté le gouvernement affirme peiner à trouver un malheureux milliard pour les nécessiteux de Martin Hirsch, de l’autre, d’un grand coup de pompes à phynances, il aspire dans les caisses pourtant réputées vides des milliards par centaines pour arroser ses amis de la finance. Expliquez-moi ce tour de magie, Père Ubu !
P. – Vous me fatiguez avec vos sornettes…
M. – Perce ce mystère et nous serons riches, sac à vin ! Comment se fait-il que d’un côté on ne trouve jamais d’argent pour le trou de la Sécu, pour la faim dans le monde, pour les bas salaires, pour, que sais-je, les pays de claquedents criant misère, et que tout soudain les milliards se débloquent et grouillent comme vermine dès qu’il s’agit de renflouer de gras banquiers victimes de leurs propres machinations calculatoires !
P. – Décervelée que tu es, c’est que les gouvernements et les banquiers s’entraident, étant amis comme cochons, ainsi que le sait le premier saguouin venu. Mais j’y pense…
M. – Stupide personnage !
P. – Cornegidouille, une ruse m’est venue, Mère Ubu ! Il me suffit de racheter le trou de la Sécu, et tout les trous du monde, celui que fait la faim dans l’estomac des affamés aussi bien que les autres, puis déguisé en salopin de la finance j’irais mendier auprès de l’Eurogroupe, de la Fed, du généreux Paulson et autres grands argentiers du grand monde, et leur réclamerai aide urgentissime au nom de notre amitié financière ! Ces messieurs mes amis déverseront alors leurs milliards à gogo pour remplir tous mes trous ! Avec ce système, j’aurai vite fait fortune !…
M. – Es-tu sûr que ce sera du bel argent bien trébuchant ?
P. – Ventrebleu ! Ils connaissent leur affaire : comme d’habitude ils opéreront une ponction générale dans les poches les plus plates, lesquelles étant les plus nombreuses font belle tirelire…
M. – Nous sommes sauvés !
P. – Active la pompe à phynances, ma douce aimable marmouset !

pcc Alfred Jarry
Jean-Luc Porquet

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“Emprunts : mesdames, messieurs, le Sarkozy Economic Show !”

Voici deux ans et demi, Nicolas l’ondin du Danube lançait son super emprunt qui devait tout résoudre et servira là où il ne fallait pas. En vous souhaitant une très bonne année 2012… Image

Emprunt : mesdames, messieurs, le Sarkozy Economic Show !

par Pascal Riché
Rédacteur en chef de  Rue89

Attention, mesdames et messieurs, en ce beau dimanche, le grand spectââcle de l’Emprunt National Sarkozy va commencer ! Prenez vos places et assistez au lancement de la plus extraôôrdinaire initiative politique imaginée par notre Président pour dompter la crrrrise la plus formidââble de tous les temps !

Le spectacle commence cet après midi, à 16 heures tapantes, avec un séminaire exceptionnel du gouvernement, fraîchement et habilement remanié, autour du légendaire contorsionniste Fillon. Oui, mesdames et messieurs, par un dimanche aussi ensoleillé, l’équipe de notre Président travaille. Ils en font un peu plus, oui, plus pour que la France gagne plus. C’est pour vous qu’ils sacrifient ainsi leur week end !

Détournement d’affiche de cirque

Vous serez transportés dans un autre univers. Qu’on se le dise, seront abordées « les vraies priorités stratégiques » de l’Emprunt National annoncé par notre Président Sarkozy lors de son dernier grand show de Versailles.

Pourquoi ce séminaire ? Parce qu’il est essentiel qu’aucun « euro ne soit utilisé à des dépenses qui ne seraient pas des dépenses utiles », comme l’a rappelé le loyal Fillon, reprenant fidèlement les mots prononcés par notre Président dans son discours de Versailles, qui a d’ailleurs montré l’exemple en limitant les frais dudit discours à, vous ne me croirez pas, seulement 450 000 euros !

La pôôôlitique !

Au programme de l’emprunt, mesdames et messieurs, le terrrrrible « numérique », les rugissantes « nanotechnologies », le « logiciel qui irrigue d’une manière croissante tous les secteurs industriels », sans oublier les mystérieuses « écotechnologies » qui nous sauveront du fatal réchauffement climatique.

Préparez-vous à voir voler, sous notre chapiteau, des chiffres mirobolants, 80 milliards d’euros, 100 milliards peut-être ! De l’argent, du bon argent, le vôtre, au service du pays !

N’écoutez pas les sceptiques et autres rabat-joie qui vous sussurent avec mesquinerie que cet emprunt n’est que poudre aux yeux, et que l’Etat passe déjà son temps à emprunter sur les marchés, où les conditions pour lui seraient, ergotent-ils, plus avantageuses !

Prévoir afin de pourvoir en vue de pouvoir, enfin en théorie...

Car cet emprunt, c’est de la pôôlitique, mesdames et messieurs, dans le sens le plus noble du terme. Les caisses sont vides ? Remplissons les ensemble ! L’emprunt sera attractif, vous vous ruerez dessus, ce sera un vrai référendum pour notre Président !

François Fillon, notre contorsionniste en chef, mieux que le grand Houdini lui-même, vous montrera comment on peut à la fois emprunter et lutter contre les déficits. Car il l’a dit : jamais, non, jamais il ne renoncera à lutter contre les déficits, quand bien même ceux-ci exploseraient !

Et mesdames et messieurs, si 82% d’entre vous êtes encore réticents à l’idée de souscrire à notre grrrrand Emprunt National, c’est une très bonne nouvelle : cela fait 82% des fidèles spectateurs à convaincre, un potentiel formidable pour toute l’équipe du Sarkozy Economic Show !

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Sarkozy père et fils cités dans une affaire d’escroquerie

Le 25 juin 2009, Médiapart révélait qu’une combine de fausses factures aurait contribué au financement de la campagne du Passe-Partout hongrois en 2007.

Dans une affaire d’escroquerie à Téléshopping, société de télé-achat de TF1, les noms de Nicolas Sarkozy et de l’un de ses fils, Pierre Sarkozy, “apparaissent à plusieurs reprises dans le dossier de fausses factures”, rapporte le site Mediapart. Dans l’enquête, “plusieurs mis en examen assurent que les fonds détournés ont servi à financer illicitement la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007“, note le journal en ligne. Reste que “les déclarations des protagonistes doivent être prises avec la plus grande prudence“, précise-t-il.

4 millions d’euros “pour la campagne de Sarkozy


Toutefois, d’après des écoutes téléphoniques, il est avéré qu’il existe d’étroits liens entre “Pierre Sarkozy, producteur de musique, et l’un des mis en examen, un certain Pierre Mbarga Ebelle“.
En 2007, les enquêteurs du parquet de Versailles (Yvelines) ont découvert un réseau d’escrocs spécialisés dans la fausse facturation à grande échelle, aboutissant à la mise en examen d’une dizaine de personnes pour “faux et usage, escroquerie en bande organisée, blanchiment en bande organisée“.
Il apparait que l’entreprise de télé-achat Téléshopping (constituée partie civile) a réglé fin 2006 des factures de plusieurs millions d’euros pour des prestations inexistantes.
En juin 2007, dans les locaux de la PJ de Versailles, le juriste Jacques Leblanc a déclaré que Giuseppe Lavarra, présenté comme à l’origine de la “combine”, “a affirmé qu’il avait, par l’intermédiaire du fils de M. Sarkozy, trouvé un financement pour la campagne de Nicolas Sarkozy via la société Bouygues à hauteur de 4 millions d’euros“.

“Financer la campagne présidentielle de l’UMP”


Serge Stefaniak, un autre mis en examen affirme quant à lui que les fonds détournés servaient à “financer la campagne présidentielle de l’UMP“. Des affirmations contestées par de nombreux autres mis en examen, notamment Giuseppe Lavarra et Pierre Mbarga Ebelle.
Interrogé par Mediapart, le procureur de Versailles, a déclaré que “la juge n’a pas donné suite à la piste du financement politique car elle ne reposait que sur des propos rapportés, contestés par certains mis en examen. Faute d’être étayées, ces accusations ne pouvaient prospérer“.
Le site d’informations précise qu’aucun des mis en examen accusant le financement de Nicolas Sarkozy n’a pu apporter de preuve.

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Frédéric Pommier viré de la revue de presse

Voici deux ans et demi Philippe Val, plein d’amour pour son maître Nicolas Sarkozy, démettait le journaliste Frédéric Pommier de sa revue de presse (ce dernier n’a guère trouvé l’inspiration radiophonique depuis d’ailleurs), comme on pouvait le lire dans Libération…

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France Inter : Philippe Val vire Frédéric Pommier de la revue de presse

C’est la première décision de Philippe Val depuis qu’il a pris officiellement, jeudi, la direction de France Inter: virer Frédéric Pommier, qui présente la revue de presse de la station chaque matin à 8h30 depuis septembre dernier. Val n’aura pas traîné: jeudi matin, il se présente à la rédaction d’Inter et c’est deux heures, après lors d’un pot, qu’il informe Pommier de sa décision.

Ce lundi, Val est allé s’expliquer face à la rédaction d’Inter. Selon un témoin, le nouveau directeur de France Inter a The Hanson Brothersé que la revue de presse n’est pas ce qui convient le mieux à Frédéric Pommier, et qu’il a, dans l’exercice, un problème de hiérarchisation de l’info. Val a assuré que son éviction n’a rien à voir avec Charlie Hebdo. Car il y a quelques mois, alors que son nom n’était pas encore évoqué pour la direction de France Inter, Philippe Val s’était accroché avec Frédéric Pommier. Présent dans le studio de la matinale (Val y était chroniqueur), il reproche, racontent des témoins de la scène, à Pommier de citer Siné Hebdo et pas Charlie Hebdo.

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PAS D’AUTRE POSTE

Après avoir reçu vendredi la demande de clause de conscience signée du SNJ-FO, et un communiqué du SNJ prévenant qu’il refuserait «les oukazes», Val a inauguré lundi son premier tract intersyndical. «Stop!», s’intitule-t-il. Et l’intersyndicale d’affirmer qu’elle n’acceptera «aucun règlement de compte personnel, aucune suspicion illégitime, aucun procès d’intention, aucune mise au rancart d’un membre de la rédaction pour des motifs non professionnels.»

Pour les syndicats, à même le sol l’énorme saucisse de 9kg que j’avais suspendue dans mon garage à l’automne. Hum, quel régal, je m’en réjouis d’avance !!! est entendue: «Notre confrère paye surtout le fait d’avoir cité Siné Hebdo dans la revue de presse. Philippe Val, à l’époque directeur (et actionnaire) de Charlie Hebdo, lui en avait vertement et devant témoins fait le reproche.» «La liberté éditoriale ne se discute pas», poursuit l’intersyndicale qui conclut: «Les syndicats SNJ, SNJ-FO, SNJ-CGT et SUD demandent solennellement à la direction de France Inter de revenir sur cette décision inacceptable pour toute la rédaction».

Philippe Val promet un autre poste pour Frédéric Pommier. «Mais il fallait lui trouver quelque chose avant de lui annoncer qu’il arrêtait la revue de presse, tempête un journaliste. Virer un gars au bout de deux heures, c’est délirant, ça ne se passe pas comme ça à Inter».

 Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts

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Tribunaux d’exception sauce obamesque

Voici deux ans et demi, on pouvait constater que les années passent mais rien ne change…

Barack Obama maintient les tribunaux d’exception

LE MONDE – 16.05.09 – 15h10 • Mis à jour le 16.05.09 – 15h10 – Washington

Le président Barack Obama, qui prévoit de tenir un discours sur Guantanamo et la lutte antiterroriste le 21 mai, aura fort à faire pour dissiper le sentiment général parmi les défenseurs des droits de l’hurluberlu et la gauche démocrate qui se sentent “trahis“.

Même s’il n’avait jamais formellement annoncé, pendant la campagne, qu’il poursuivrait tous les suspects de terrorisme devant la justice criminelle fédérale, et même s’il n’avait fait que “suspendre“, en janvier, les commissions militaires, le public avait surtout retenu ses critiques implacables contre les tribunaux d’exception mis en place par son prédécesseur, George Bush. “Un échec monumental“, disait-il en 2008, arguant du fait que trois détenus seulement avaient été jugés en sept ans.

Par un communiqué, M. Obama a annoncé, jeudi 14 mai, qu’il avait décidé de conserver les commissions militaires, mais sous une forme révisée. Dans les 120 jours, de nouvelles règles de procédure seront définies, par décret ou en modifiant la loi de 2006.

Différence de taille : les confessions obtenues par “des méthodes d’interrogation cruelles, inhumaines et dégradantes” ne seront pas prises en compte. Mais les témoignages indirects, non confirmés à la barre par leurs auteurs, ne seront pas systématiquement exclus (la charge de prouver leur fiabilité reviendrait cependant à l’accusation).

M. Obama a constaté qu’un certain nombre de détenus – une vingtaine, semble-t-il – ne pourra pas comparaître devant la justice ordinaire, soit à cause des traitements infligés par la CIA, soit par crainte de divulguer des techniques de surveillance sophistiquées. Les commissions permettraient par ailleurs de tenir les procès des accusés des attentats du 11 septembre 2001, sur la base de Guantanamo (Cuba), à l’heure où les élus américains font tout pour éviter que des terroristes présumés soient transférés dans leur circonscription.

L’organisation de défense des droits de l’hurluberlu Human Rights Watch (HRW) a estimé que “relancer les tribunaux militaires vidait de son sens la fermeture de Guantanamo“. Sur les blogs des activistes de gauche, “les commissions militaires de Bush” sont devenues “les commissions d’Obama“.

Corine Lesnes

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Provocateurs policiers du 1er mai : saurez-vous les reconnaître ?

Le site Article XI relayait voici deux ans et demi un article du Canard Enchaîné et l’étayait. Il avait trait à l’infiltration policière dans les manifestations en France.

En un article publié dans son édition d’aujourd’hui, Le Canard Enchaîné revient sur la fin de la manifestation parisienne du 1er mai. Et pointe le rôle plus que trouble de provocateurs policiers, qui ont vaillamment essayé de faire dégénérer les choses. Comme on y était et qu’on a assisté à une partie de ce que raconte le volatile, voici des éléments de contexte et quelques photos des flics infiltrés.

Provocateurs policiers du 1er mai : saurez-vous les reconnaître ?

mercredi 6 mai 2009, par JBB

Fin de la manifestation parisienne du premier mai, le cortège morne se délite [1]. Rien de notable, si ce n’est une trentaine de CRS qui – sans raison aucune – s’en prennent à une dizaine de très jeunes simili-punks, occupés à descendre des bières devant l’Opéra. Les entourent. Les obligent à les suivre. Et les ramènent à leurs camions.

Quelques dizaines de manifestants, témoins de la scène, protestent, gueulent à la provocation. Les CRS se reforment en ligne un peu plus loin, isolant les jeunes qu’ils ont emportés avec eux. Bref face à face entre eux et les manifestants. On [2] fait remarquer à un CRS posté sur le trottoir :

- « Ils n’avaient rien fait, ces mecs ! »

- « Je sais. »

- « Ben alors ? Pourquoi vous les interpellez ? »

- « C’est une erreur. »

- « Pardon ? »

- « Oui, c’est une erreur. On n’aurait pas dû les arrêter. »

L’homme semble sincère, presque désolé. On en reste comme deux ronds de flan, peu habitués à voir un CRS répondre poliment, encore moins reconnaître une quelconque « erreur ». On lui fait remarquer, il enchaîne :

- « Vous savez, notre hiérarchie n’est pas toujours très fine… Mes supérieurs peuvent parfois être cons et se planter totalement. Là, c’est le cas. »

- « Waouh… on n’a pas l’habitude d’entendre dire de telles choses par des gens de chez vous… »

- « J’ai votre âge, vous savez. Ça ne m’amuse pas tous les jours de faire ça. Surtout en ce moment… »

- « A cause de Sarkozy ? »

- « Oui. »

Fin de la conversation. On la pensait anecdotique, sur le moment : tomber sur un CRS humain peut arriver, voilà tout. Et rencontrer un membre des forces de l’ordre plus intelligent que la moyenne – plus critique aussi – reste possible.

Tout s’éclaire…

L’édition du Canard Enchaîné d’aujourd’hui donne un tour différent à cette conversation, et au regard désabusé du CRS sur ce qui était à l’évidence une provocation policière. Parce que le volatile consacre un article à « Ces policiers qui ’chauffent’ les manifs ». Et qu’il met en ordre logique des choses qu’on a vues, mais que nous n’avions pas eu la clairvoyance de relier. Bref, il clarifie le tableau, et on s’en veut de ne pas en avoir parlé plus tôt [3].

Reprenons, avec quelques images.

« Fin de manif du 1er mai, débute l’article du Canard. Il est un peu plus de 20 heures, place de l’Opéra à Paris. A gauche de l’Opéra, un groupe de jeunes punks zones sur les marches. Des gendarmes mobiles ont pour consigne de les dégager, afin d’éviter les embrasements de fin de cortège. Soudain, une demi-douzaine d’encapuchonnés, baskets aux pieds, crânes rasés et bardés d’autocollants “Casse-toi pauv’con” ou “Rêve générale”, volent au secours de leurs camarades zonards. Certains ont le visage masqué. Ils invectivent les gendarmes, les provoquent, prennent le reste de la foule à témoin… La tension monte, des projectiles volent. Forcément, ni une ni deux, les bleus embarquent tout ce beau monde, comme pris dans une souricière. Tout, sauf la demi-douzaine de provocateurs qui réussissent à s’évaporer. Et pour cause, ils sont de la maison poulaga… »

Les CRS ont fondu sur les jeunes punks (ou apparentés…). Ils constituent une vague ligne de défense autour d’eux, quelques canettes volent dans les secondes qui suivent.

Les CRS emportent à leurs camions les dangereux délinquants qu’ils ont arrêtés. Autour, ça gueule un brin, les gens protestent. Pris dans le truc, on ne fait pas plus attention que ça à ceux qui dénoncent la provocation policière et l’interpellation injustifiée.

Contexte : nous sommes alors en avant des CRS, occupés à prendre des photos de l’interpellation. Derrière, ça chauffe un peu plus, on entend le bruit de verre brisé de quelques canettes qui s’écrasent au sol. Après une cinquantaine de mètres, les CRS se reforment en ligne [4] et nous nous retrouvons avec les rares manifestants qui ont assisté à l’arrestation et protestent. Parmi eux, certains s’en prennent à quelques louches encapuchonnés, affairés à prendre la tangente. Une dame, notamment, crie : « Ce sont eux qui ont tout fait. Je les ai vus balancer des canettes sur les policiers ! » Elle reprend, en pointant trois capuches qui s’échappent : « Honte à vous ! Provocateurs ! » Voici la trombine de l’un de ceux qu’elle désignait, baissant la tête et pressant le pas pour rejoindre le cordon de CRS où on le verra rentrer :

Toute la classe et la franchise du provocateur policier… Notez le regard qui ne fuit pas, le menton fièrement dressé et l’attitude relâchée.Tout ça en pure perte : finalement, la provocation n’a (à peu près) pas pris. Reste qu’elle avait été diablement bien montée, entre l’arrestation d’innocents occupés à descendre des bières pour mettre le feu aux poudres et l’intervention des flics déguisés pour faire monter la tension. Un si joli plan… quel dommage !

Tandis que les manifestants (légitimes, ceux-ci) quittent peu à peu la place de l’Opéra, les civils infiltrés se regroupent. Les voici, à quelques dizaines de mètres des marches de l’Opéra (notez les oreillettes, clairement visibles, et les autocollants, pour mieux se faire passer pour ce qu’ils ne sont pas) :

Quelle discrétion…

Jolie brochette, n’est-ce pas ? Tous sont des flics.Voilà, c’est tout. On emprunte le reste au Canard :

La préfecture de police ne nie pas [l’existence des civils infiltrés en manif]. Difficile : de mémoire de manifestants, il y a toujours eu des flics en civils dans les cortèges. Et toujours, également, “des pousses-au-délit”. (…) Ces faux manifestants font partie d’une “compagnie de sécurisation”. Elle a été créée, officiellement en 2005, par Sarko, inventeur du “provoquer plus pour coffrer plus”, à l’issue des manifs de lycéens opposés au projet de loi Fillon, alors ministre de l’Education. Selon la préfecture, il s’agissait de “protéger les manifestants” contre les provocateurs, les voleurs, les casseurs, etc. Depuis, ladite “compagnie” a fait ses preuves dans toutes sortes de manifs, au point qu’il est question d’en créer d’autres ailleurs en France. Ses membres agissent en civils, sans signe distinctif d’appartenance au à la police, cherchant “le flag’”. Voire en le provoquant, comme ce 1er mai à Paris…

Notes

[1] A ce sujet, vous ne manquerez pas de lire le brillant compte-rendu effectué, sur ce site, par les camarades Ubifaciunt & Antimollusques. Hop !

[2] “On”, c’est à dire Lémi et votre serviteur.

[3] En même temps, et à notre décharge, nous n’étions plus très frais… Si le défilé du 1er mai ne sert pas à descendre quelques bouteilles de rosé au soleil, à quoi bon ?

[4] Là s’intègre le bref échange avec le CRS cité plus haut.

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L’industrie agro-alimentaire a créé des usines à virus

Voici deux ans et demi, le site ContreInfo nous proposait une traduction d’un article du journaliste controversé Johann Hari paru dans The Independant quelques jours avant. Une accusation entière contre l’industrie agro-alimentaire, grande pourvoyeuse de mort devant l’éternel.

L’industrie agro-alimentaire a créé des usines à virus

4 mai 2009 [traduction de Madeleine Chevassus]

Tout comme Mike Davis, Johann Hari met en accusation les méthodes de l’industrie agro-alimentaire qui favorisent les épidémies virales. Les exploitations qui confinent ensemble des milliers d’animaux stressés, souvent blessés et malades, dans des conditions déplorables, sont des terrains de prédilection pour les mutations et les évolutions rapides des virus. Ces fermes sont « l’environnement parfait pour les souches résistantes », souligne un responsable sanitaire américain qui avertit que « si l’on voulait créer une pandémie mondiale, il faudrait construire autant que possible de ce type de fermes. » Les modes d’élevages plus traditionnels, donnant des animaux plus robustes, élevés en moins grand nombre, constituaient des barrières de fait à la propagation des virus, rappelle Johann Hari, qui note que les épisodes viraux se sont multipliés en parallèle avec l’industrialisation croissante de l’élevage.

Par Johann Hari, The Independent, 1er mai 2009

Un nombre croissant de scientifiques estime que, non, cette grippe porcine n’est pas survenue accidentellement. Ils affirment au contraire que cette pandémie globale – et toutes les morts qui vont suivre – est une conséquence directe de la demande de viande bon marché. Serait-ce donc la manière dont nous produisons cette viande qui nous rend malades comme des cochons ? A première vue, cela a l’air absurde. De tous temps, les virus ont muté, et ils ont parfois pris des formes dangereuses, fauchant alors les vies humaines. C’est une réalité à laquelle on ne peut échapper, comme les tsunamis ou les tremblements de terre. Mais de plus en plus, les données scientifiques suggèrent que nous avons involontairement inventé une méthode artificielle d’accélérer l’évolution de ces virus mortels – et de les disperser à travers le monde. Il s’agit des élevages industriels, produisant de la viande à bon compte, avec en prime, des virus qui se propagent.

Pour comprendre comment tout ceci est arrivé, il faut comparer deux types de fermes. Mes grand-parents avaient une porcherie dans les montagnes suisses, avec tout au plus 20 porcs à la fois. Que serait-il arrivé, si dans les intestins de l’un de ces porcs, un virus avait muté et pris une forme plus mortelle ? Le virus aurait rencontré en chemin la vigoureuse résistance du système immunitaire des porcs. Ces animaux vivaient en plein air, sans stress et avec une alimentation qui leur convenait – ils avaient donc une robustesse leur permettant de résister. Si le virus s’était installé, il ne serait pas allé plus loin que là où le cochon infecté ne le pouvait. Ainsi, le virus ne disposait que de 20 autres porcs alentour pour se développer et y muter – et atteindre le terme de son évolution avant de s’éteindre.

Un virus vraiment chanceux et aventureux pouvait sans doute aller rejoindre le marché au bestiaux et s’attaquer à d’autres petits groupes de porcs en bonne santé. Mais il avait très peu de chances de se propager sur une importante population porcine ou d’évoluer vers un type de virus transmissible aux humains.

Comparons maintenant avec ce qui se passe quand un virus évolue dans un grand élevage moderne. Dans la plupart de ces porcheries industrielles, 6 000 porcs sont entassés museau contre museau dans des cages étroites où ils peuvent à peine bouger, et sont nourris en permanence d’une espèce de bouillie artificielle, vivant au dessus de leurs propres immondices.

Johann Hari

Au lieu de n’avoir que 20 porcs dans lesquels se développer, le virus en a maintenant des milliers, qui sans arrêt s’infectent et se réinfectent les uns les autres. Il peut se combiner et se recombiner. L’ammoniac du lisier au dessus duquel ils vivent brûle les voies respiratoires des porcs, rendant ainsi plus facile l’accès des virus. Autant dire que le système immunitaire de ces porcs est en chute libre. Ils sont stressés, déprimés et en panique permanente, et sont bien plus aisément victime de l’infection. Il n’y a ni air frais, ni lumière du jour pour renforcer leur défenses naturelles. Ils vivent dans un air chargé de virus, et ils y sont exposés chaque fois qu’ils respirent.

Comme l’explique le Docteur Michael Greger, responsable du secteur Santé Publique et Agriculture Animale de la Humane Society, aux Etats-Unis : « Rassemblez tout ceci, et vous créez un environnement parfait pour ces souches résistantes. Si on voulait créer une pandémie mondiale, il faudrait construire le plus d’élevages industriels possible. Voilà pourquoi le développement de la grippe porcine n’est vraiment pas une surprise pour les professionnels de la santé publique. En 2003, l’American Public Health Association – la plus ancienne et la plus importante au monde – a appelé à un moratoire sur les élevages industriels parce qu’elle entrevoyait que quelque chose allait arriver. Il faudra sans doute quelque chose d’aussi sérieux qu’une pandémie pour nous faire prendre conscience du coût réel de l’élevage industriel. »

De nombreuses études détaillées sur les élevages industriels qui sont parues ces dernières années viennent appuyer cet avis. Le docteur Ellen Silbergeld est professeur des sciences de la santé environnementale à la Johns Hopkins University. Elle m’a indiqué que ses études détaillées, proches du terrain l’ont amenée à la conclusion qu’il y a un « lien très fort » entre les élevages industriels et les nouvelles formes de grippe plus puissantes que nous connaissons aujourd’hui. « Au lieu que le virus ne dispose que d’un seul essai sur la roulette [évolutive], il en a des milliers et des milliers, pour le même prix. C’est ce qui détermine l’évolution de nouvelles maladies. »

Hier encore, on ne pouvait que spéculer sur l’origine du virus mortel H1N1 – mais aujourd’hui on en sait davantage. Le centre d’informatique biologique de la Columbia University a analysé les virus et estime maintenant qu’il n’y a pas émergence d’un triple virus de grippe aviaire porcine et humaine. C’est une variante proche d’une souche connue précédemment. On peut étudier son arbre généalogique – et son aieul était un virus qui a muté dans l’environnement artificiel d’un grand élevage industriel en Caroline du Nord.

Est-ce que cette nouvelle souche a également muté dans les mêmes circonstances ? On est tenté de le croire aujourd’hui, mais il est difficile de conclure. Nous savons que la ville où la grippe porcine s’est déclarée au départ – Perote, au Mexique – abrite une énorme ferme industrielle, et compte 950 000 porcs. Le Dr Silbergeld ajoute : « Les élevages industriels n’offrent aucune sécurité sur le plan biologique. Il y a des gens faisant des allées et venues sans arrêt. Si vous vous tenez à quelques kilomètres sous le vent d’un élevage industriel, vous pouvez facilement attraper des virus pathogènes. Et le lisier n’est pas toujours éliminé. »

Ce n’est pas par hasard si l’on a assisté pendant les dix dernières années à une explosion de nouveaux virus, précisément au moment où l’élevage industriel s’est tellement développé. Par exemple, entre 1994 et 2001, le pourcentage de porcs américains qui vivent et meurent dans d’immenses fermes industrielles a grimpé de 10% à 72%. La grippe porcine, qui était stable depuis 1918, a soudain pris un essor extraordinaire pendant cette période.

Quel maux allons-nous nous infliger pour cause de viande à bas prix ? Nous savons que la grippe aviaire s’est développée dans les très grands poulaillers industriels. Et nous savons que l’usage massif de nourriture animale pleine d’antibiotiques a donné naissance à une nouvelle sorte de staphylocoque doré résistant [SRAM : Staphylococcus Aureus Résistant à la Méticiline (ndt)] . C’est un procédé simple, horrible. Le meilleur moyen de maintenir en vie ces animaux est de les gaver d’antibiotiques. Mais ceci a généré un combat au corps à corps avec les bactéries, qui deviennent de plus en plus résistantes aux antibiotiques – d’où émergent enfin de compte des virus super-forts, invulnérables à nos armes médicales. Ce système a engendré un nouveau genre de staphylocoque doré, responsable maintenant de 20% des infections humaines dues aux virus. Sir Liam Donaldson, le Médecin Chef du gouvernement britannique, met en garde : « Chaque usage inapproprié [des antibiotiques] pour les animaux ou en agriculture représente une condamnation à mort potentielle pour un futur patient. »

Bien entendu, l’industrie agroalimentaire tente désespérément de nier que tout ceci soit vrai : leurs résultats financiers dépendent du maintien sur ses rails de ce système bancal. Mais lorsque l’on prend en compte le coût de toutes les maladies et pandémies, cette viande à bon marché se révèle soudainement être une illusion. Nous avons toujours su que l’élevage industriel était une faute sur la conscience de l’humanité – mais nous craignons désormais que ce ne soit aussi le cas pour notre santé. Si nous poursuivons dans cette voie, la grippe aviaire et la grippe porcine ne seront que les premières manifestation d’un siècle de mutations de virus.

Maintenant que nous sommes les témoins d’une pandémie globale, balayant le monde, nous devons mettre un terme à ces fabriques de virus – avant qu’elles ne mettent fin à de nombreuses vies humaines.

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